Présidentielle 2017 : les programmes mobilités des 11 candidats

Présidentielle

Education, monnaie, sécurité… La campagne pour l’élection présidentielle bat son (trop ?) plein et chacun des onze candidats fait preuve de véhémence pour convaincre la cohorte des indécis, à l’aube d’un premier tour aussi incertain que l’élection de Miss France. Mais que proposent les présidentiables en termes de mobilités, au sens où nous l’entendons sur Le Mobiliste ? Sans être exhaustif, une revue des programmes et projets en la matière s’imposait.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, voilà comment sont choisies les multiples propositions des candidats. En considérant six mots ou expressions clés (mobilité, automobile, voiture électrique/voiture hybride/voiture propre, transports en commun/rail, vélo/VAE, smart mobilities/services), nous avons cherché l’occurrence de chacun(e) dans les documents programmatiques en ligne ou à télécharger. Première bonne nouvelle, aucun prétendant au bail quinquennal de l’Elysée n’affiche une moyenne de zéro. Enthousiasme à relativiser, autant vous prévenir tout de suite…

Car si l’on se concentre sur le mot « mobilité » (déplacement de personnes d’un point A à un point B), certains candidats, et non des moindres, reçoivent un zéro pointé. C’est le cas de Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Benoît Hamon, Nathalie Arthaud, Jean Lassale et Jacques Cheminade. Nicolas Dupont-Aignan ne s’en sort que par la citation de ce terme dans le contexte de propositions à destinations des personnes à mobilité réduite. François Fillon évoque vaguement un concept de « mobilité durable », lié aux transports publics et au véhicule du futur (lire plus loin). Jean-Luc Mélenchon s’intéresse surtout à la mobilité des marchandises (taxation des circuits routiers longs) et invite à « repenser la mobilité individuelle ». Philippe Poutou milite pour la réduction des distances entre lieux d’habitation et lieux de travail. La palme du flou revient à François Asselineau, qui veut « orienter la mobilité pour une amélioration de la qualité de la vie et de l’environnement ».

L’environnement, parlons-en ! Que disent les compétiteurs sur la voiture propre ? La plus grosse surprise vient assurément de la candidate du Front National. Elle affiche son soutien à une filière hydrogène, pour « réduire la dépendance au pétrole ». Dans sa réponse aux questions posées par le Conseil National des Professions de l’Automobile (CNPA, membre du MEDEF), elle regrette d’ailleurs l’existence de trois modèles de séries japonais et coréens fonctionnant à la pile à combustible hydrogène, contre un seul Kangoo ZE hydrogène. Ses conseillers auraient dû lui préciser qu’il ne s’agit en fait que d’un Renault Kangoo électrique auquel la société (française) Symbio FCell ajoute une pile à hydrogène, ce n’est pas de série ! Quant à soutenir la filière hydrogène…aucune stratégie claire annoncée, hors la recherche et développement cofinancés par l’Etat. Le candidat Les Républicains souhaite quant à lui développer la voiture électrique et la « voiture autonome du futur ». Le gagnant de la « Belle Alliance populaire » entend instaurer un « plan d’efficacité et de sobriété énergétique ». Le plus « insoumis » des candidats est le plus précis dans son projet : développer la voiture électrique dans les flottes captives avec un objectif de 100% d’énergies renouvelables à l’horizon 2050. Transition énergétique qu’appelle également le candidat NPA, mais sans calendrier. Enfin, le maire de Yerres et leader de « Debout La France» projette de remplacer les véhicules les plus énergivores en une décade grâce à un système de bonus-malus favorisant les voitures électriques et peu polluantes, tout en installant une borne de recharge par station-service existante.

Les transports en commun sont le seul item de notre recherche à trouver des réponses chez tous les candidats, sans exception. Le Pen et Mélenchon sont au moins d’accord pour refuser la libéralisation du rail. La remise à niveau et le développement du réseau ferroviaire se retrouvent par ailleurs chez François Fillon, Nicolas Dupont-Aignan, Nathalie Arthaud et Emmanuel Macron. On notera quelques variantes, telles que la gratuité des transports publics revendiquée par Philippe Poutou ou le lancement d’un « Grand Plan pour le train à moyenne vitesse » de François Asselineau. Le transport aérien est pratiquement absent des projets, sauf chez Benoît Hamon qui s’oppose à la privatisation des aéroports régionaux et Jean Lassalle qui appelle de ses vœux la création d’une taxe carbone au kérosène. Ce dernier s’illustre également avec une « Autoroute de la Mer, de la Manche à l’Atlantique et à la Méditerranée », pour décharger les routes des poids lourds.

Le vélo est clairement le grand oublié de cette élection présidentielle parmi les différents moyens de transports. Néanmoins, Jean-Luc Mélenchon entend développer les « mobilités douces (vélo, etc). » Philippe Poutou le rejoint sur le vélo et y ajoute la marche, « sur l’ensemble des territoires, pas seulement en ville ».  Les smart mobilities, micro-mobilités urbaines et électriques, n’existent pour aucun des candidats. Trottinettes et skateboards électriques, gyroroues : quèsaco ? On appréciera également que seuls Jean-Luc Mélenchon, François Asselineau et Jean Lassale évoquent nommément le covoiturage et l’autopartage. Chez les candidats « En Marche » et socialiste, on s’en tient aux « nouvelles mobilités » sans trop de précision, quand Nicolas Dupont-Aignan voit dans le « numérique » un moyen de mieux gérer le trafic.

Justement, la voiture, l’auto, la tuture… Venons-y. Le CNPA rappelait récemment que le secteur automobile générait 65 milliards d’euros de recettes par an à l’Etat en taxes et impôts, dont 35 milliards pour les seuls carburants. Autant dire que par ces temps de disette économique et de relance atone ou presque, tout futur gérant des deniers publics se doit d’apporter une attention particulière à l’outil automobile, à son industrie et aux commerces afférents. Pourtant, le trio de tête dans les sondages d’intention de vote ne mentionne pas le terme « automobile » dans les programmes. Leurs plus proches outsiders, insoumis comme socialiste, veulent sortir du diesel, avec la fin de l’avantage fiscal pour les flottes d’entreprises (l’insoumis) et un calendrier progressif jusqu’en 2025 (le socialiste). Pour Jean Lassale, la fiscalité sur les carburants doit se repenser en concertation avec les pays voisins, alors que Nicolas Dupont-Aignan supprimerait tout bonnement la TVS (taxe sur les véhicules de société) pour les véhicules produits en France. Nathalie Arthaud ne propose rien de concret mais juge que la situation actuelle est le fait des « grandes compagnies pétrolières, des fabricants automobiles et des concessionnaires d’autoroute ». A ce sujet, Mélenchon, Dupont-Aignan, Poutou et Cheminade renationaliseraient les autoroutes s’ils parvenaient au 55 de la rue du Faubourg Saint-Honoré…

Un seul candidat a mis dans son programme la création d’un ministère à part entière de l’aménagement du territoire et du transport (maritime, fluvial, ferroviaire, aéroportuaire et terrestre) : Jacques Cheminade. Quant aux grands candidats, les cinq désignés comme tels par les instituts de sondage et auxquels le CNPA a adressé ses questions pour la filière automobile, ils n’ont, aux dires même des dirigeants du syndicat, « aucune vision stratégique ». Même les différents comités automobiles (instaurés par les deux derniers gouvernements) ont été passés sous silence ; « inquiétant et révélateur » juge-t-on à la Maison de l’Automobile…

Reste l’espoir qu’au niveau local et supranational des décisions concrètes et constructives soient prises rapidement pour améliorer le quotidien de tous, notamment en termes de mobilités. Encore faut-il que la « Maison Europe » ait un sens.

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