Faut-il boycotter Autolib’ ?

La question percute, mais au-delà de son caractère provocateur, elle n’est pas complètement dénuée de sens. Comment expliquer en effet qu’un service public d’autopartage électrique (Autolib’) engrange les dettes alors que le nombre d’abonnés (131 000) dépasse, de très loin, son seuil critique théorique (80 000) ? Comment justifier l’espace de stationnement qu’il prend à d’autres véhicules électriques ?

Début décembre dernier, votre serviteur est tout heureux d’essayer pendant quelques jours la première berline électrique de Hyundai, Ioniq. N’étant pas possesseur de voiture particulière, l’épineux problème du stationnement se pose rapidement. D’autant plus que la coréenne n’est pas aussi compacte qu’une ZOE, qu’une i3…ou qu’une BlueCar, les voitures du réseau Autolib’. Heureusement, une place repérée dans une station du nord-ouest parisien est souvent libre, un scooter électrique est d’ailleurs régulièrement branché à la borne. Sauf qu’un soir, la Ioniq n’est plus là.

Très vite, le spectre d’un enlèvement en fourrière se précise. Renseignements pris, c’est effectivement à celle de la Porte Pouchet que le véhicule d’essai a été embarqué. Prière de rapidement venir le chercher, ou il vous coûtera une journée de gardiennage en plus. Très bien, nous nous contenterons de payer 179 euros à la Préfecture de Police de Paris. C’était sans compter la double-sanction, 35 euros supplémentaires pour stationnement frauduleux. La loi est la loi et il n’est pas question ici de la critiquer, une faute a bien été commise et punie.

DP_autolib_humeur_03022017

Alors pourquoi vous raconter cette anecdote ? Il nous est apparu étrange que le Conseil de Paris vote l’augmentation des contraventions sans aucune autre forme d’aménagement de l’espace urbain. Que la Maire de Paris veuille chasser l’automobile de Paris, c’est une chose. Mais elle ne peut pas appuyer son discours sur des dispositions particulières pour les véhicules électriques, voire sur l’existence d’Autolib’.  A l’évidence, les voitures particulières électriques gênent autant que les thermiques. Combien de fois des places Belib’, le réseau de recharge rapide de la ville opéré par Sodetrel Mobilité, sont occupées par des véhicules essence ou diesel ? Vient-on aussi prestement les embarquer sur dépanneuse, direction la préfourrière la plus proche ?

Selon le Canard Enchaîné daté du 4 janvier 2017, le groupe Bolloré prévoit 180 millions € de pertes d’ici 2023 (fin du contrat liant Paris et 96 villes d’Ile-de-France au groupe), dont plus de 60% seront à la charge du contribuable francilien. C’est comme ça, c’est contractuel. De plus, face au manque de rentabilité (et aussi à la problématique de l’équilibrage, c’est-à-dire la disponibilité partout de voitures), des stations Autolib’ de banlieue vont être fermées. Au diable le service public et l’intérêt des résidents banlieusards, voire des parisiens qui rentrent chez eux après une soirée chez des amis en petite couronne !

Râler contre les contractuelles et les contraventions est un sport national depuis que le procès-verbal existe. Mais financer insidieusement les colossales pertes d’un industriel par un impôt direct déguisé (notamment l’augmentation du kWh pour véhicule électrique tiers, officiellement pour lutter contre les « voitures ventouses ») tient de la gageure. Et mérite qu’on se demande s’il n’est pas tant de boycotter un système qui creuse son déficit à mesure qu’il gagne des abonnés. Les chauffeurs de VTC comme de taxi sont sûrement d’accord…

Amazon_X-mas_3